En ce jour des 80 ans du bombardement de Nagasaki en 1945, une courte note pour faire des rappels simples (mais pas faciles). Le Japon impérial a commis des crimes similaires, en nature et en masse, au Reich allemand pendant le second conflit mondial. Sous couvert de « libération » anticoloniale, une colonisation japonaise rapide et très brutale s’est mise en place dans toute l’Asie Pacifique avec prostitution, exterminations et pillage des matières premières. Le haut commandement refusait obstinément de se rendre au mépris de toute considération de pertes humaines sur leur propre peuple, et au nom d’un fanatisme politico-religieux. L’Union Soviétique, aussi monstrueusement totalitaire que les ruines fumantes de son ennemi allemand, menaçait de subvertir par son idéologie tout pays qui s’enfonçait plus avant dans la misère. Les USA se sont-ils excusés pour le bombardement de l’Allemagne ? Il était conventionnel mais a causé sur une ville des dégâts comparables aux deux éclairs nucléaires. Et pourtant ils auraient tort de s’excuser. Le national-socialisme devait être défait. Il n’en est pas allé différemment de l’idéologie du bushido du Japon impérial.
Une certaine faction prête à anéantir la viabilité de son territoire pour ses civils, à tout miser sur l’armement et sa dissimulation tout en culpabilisant sans cesse l’international devrait en prendre de la graine. Apprenez ce qui finit par arriver à ceux qui menacent le monde libre.
Quand aux pacifistes naïfs, mesurez la remise en cause qui fut nécessaire pour que le Japon renaisse. Devienne une démocratie moderne qui mérite à présent, face à de nouvelles menaces, de dépasser son traumatisme et de se doter de l’arme suprême. En définitive, le pacifiste naïf est accommodant avec les intolérants et intransigeant avec les tolérant. Il va par définition dans le sens du vent donc de la force pure, et n’a donc pas de principes fixes.
Souvenons-nous, laissons les familles prier leurs morts mais ne nous excusons pas devant les pacifistes et les fantômes totalitaires.
25 juillet 2000 : accident d’un Concorde avec 109 personnes à bord en France. Fin 2001 : le service commercial reprend. Pour s’arrêter définitivement après le 31 mai 2003. Le bruit, la consommation de carburant et surtout la frilosité technologique occidentale depuis ces 30 dernières années auront eu raison de l’audace de cet airliner aux performances de grade militaire à portée des civils. Même pattern pour la navette spatiale US huit ans plus tard. 2003, accident de Columbia. 2011, arrêt définitif après la 135ème mission. S’ensuivra un hiver technologique du vol habité d’environ une décennie jusqu’à ce que SpaceX n’y remette bon ordre.
Pour l’avoir expérimenté récemment, un voyage en subsonique d’un bout à l’autre du globe mange 3 jours. 2 de transit, un pour récupérer, surtout si vous avez été en classe économique. Avec la suppression éventuelle du besoin d’escale (ou le ravitaillement en vol, à terme peut-être géré par drones) nous pourrions réduire ce temps à 1 jour et demi, en voyageant à Mach 1.5. Ceux-là même qui ont porté le coup de grâce à l’initiative européenne, les américains qui avaient prétexté du bruit à l’aéroport JFK, sont maintenant ceux qui sont à la pointe avec le Boom Overture, qui transportera une petite centaine de chanceux d’ici 2029/2030. Deux compagnies US, Japan Airlines et une compagnie européenne anonyme (pour ne pas se faire descendre par les médias écolo-bigots ?) sont en lice.
Le Boom Overture. RDV dans 5 ans.
Et pour les moins fortunés, en attendant le ruissellement technologique il se pourrait que les gros porteurs en forme blended wing se développent. Nécessitant des pistes et des terminaux plus vastes, ils pourraient cependant porter un jour à 1000 le nombre de passagers d’un seul vol, ce que même l’A380 ne peut pas faire. Et le corps de l’avion, large et intégré de façon fluide à la voilure, sortirait les voyageurs de l’étroitesse d’une cabine-fuselage classique en cigare. On aurait plus l’impression d’être dans un espace des dimensions d’une salle de cinéma, mais avec la possibilité de s’isoler seul ou à plusieurs.
Côté carburants, les optimisations thermiques, le carbu de synthèse ou encore l’hydrogène produit par des moyens les plus propres possibles seront sur la table. D’autres appareils, de taille plus petite néanmoins, seront propulsés par moteurs électriques. L’avenir s’annonce brillant pour l’aviation, et le tragique conflit mondial en cours va également accélérer les percées.
Le design caractéristique de blended wing ou « aile fusionnée », ici JetZero.
Kennedy had the moon landing program. Reagan had Star Wars. Clinton got the first wave of cyberspace psychosis, even before the film. Manned space flight was a stunt, SDI was strategic sci-fi. With the information superhighway media nightmares take off on their own : dystopia delivery as an election platform, politics trading on its own digital annihilation.
Sans que je l’aie su avant sa mort, il était l’homme derrière le dessin de nombreux concept cars qui m’ont fait rêver lors de mon enfance et mon adolescence. Les Lamborghini Miura, Countach, Diablo et Bravo, la Stratos Zero, et tant d’autres ! La beauté est dans la vitesse, l’élégance, l’industrie et leurs contraintes qui sculptent des objets exceptionnels. Merci pour votre carrière, monsieur.
Curtis Yarvin, aussi connu sous le pseudonyme Mencius Moldbug, est un entrepreneur de la tech américain, cofondateur de la plate-forme cloud Urbit (dans laquelle Peter Thiel a investi) et auteur en 2007 de ce manifeste politico-économique sur son ancien blog. Il est considéré comme étant à la base du mouvement néoréactionnaire américain, à la fois technophile, monarchiste et antidémocratique par souci d’éviter la démagogie redistributive et les entraves à la liberté et à la propriété privée. Voici donc son manifeste qui est peut-être son écrit le plus connu, traduit en français par RAGE Culture.
Vue d’artiste d’une colonie lunaire avec un Starship
A quoi ressemblera la conquête spatiale dans 35 ans ? Si il semble probable que l’humanité ne sera pas encore tout à fait multiplanétaire (j’imagine au mieux quelques centaines d’individus, une petite élite scientifique, résider de manière ponctuelle ou semi-permanente sur Mars comme en Antarctique actuellement), la Lune en revanche devrait commencer à changer de visage peu à peu avec la présence humaine, surtout au Pôle Sud, que toutes les puissances spatiales majeures visent désormais. Exploitation du régolithe, de l’hélium 3 si nous avons enfin percé le secret de la fusion nucléaire rentable. Les véhicules tout-terrain pressurisés, et des antennes de radiotéléscope et de communication avec la Terre (avec un ping incompressible d’environ moins 1 seconde avec notre planète du fait de la distance Terre-Lune) hérisseront notre satellite. La Lune pourrait compter quelques milliers d’habitants, extrêmement qualifiés et en moyenne plus âgés que sur Terre, mais peu de personnes très âgées ou malade du fait des rudes conditions de vie pour s’adapter à la faible gravité.
Le starship et ses evolutions toujours en service, des vaisseaux next-gen NUCLEAIRES ET A GRAVITE
Concept de vaisseau nucléaire pour atteindre Mars. Source : NASA
La guerre mondiale ayant sévi de 2022 à 2030 aura accéléré les recherches en matière d’indépendance et de densité énergétique. Si le Starship, mis au point par SpaceX au début du conflit, continue de faire des émules, à la fin des années 2030 l’Inde annonce travailler sur un vaisseau au thorium, et quelques années plus tard on retrouve l’idée exploitée et mise à l’échelle dans les usines géantes de SpaceX et Blue Origin, en Floride et au Texas. Dans la décennie 2040, c’est au tour de la Chine de faire de rapides progrès dans les vaisseaux voyageurs, une nouvelle classe d’engins dont les quartiers habitables dépassent les 100 mètres, l’abandon de la propulsion chimique au profit du nucléaire dans le vide spatial libérant énormément d’espace. On devrait se retrouver avec des vaisseaux dont les dimensions approchent désormais ce que l’on voit dans Alien. Par conséquent, une véritable vie de bord se met en place dans les vaisseaux. Pas encore de grands navires civils transportant le grand public vers des destinations touristiques ou des villes outre-espace, mais plus du registre des grands sous-marins nucléaires actuels avec réfectoire, salle de sport, et petits hangars à matériel accessible par le personnel. On pourrait emporter alors 50 à 100 hommes maximum à bord. La gravité artificielle, permise par exemple par une roue en rotation, permettra la médecine à bord et une meilleure santé des équipages sur des missions de plusieurs mois.
LA PLUS GRANDE REVOLUTION : LE MINAGE D’ASTEROIDES
Il existe 3 grands types d’astéroïdes dans le système solaire au niveau chimique : le type C (Chondrites), les plus courants, qui contiennent surtout du carbone mais aussi parfois de la glace d’eau. Ceux de type S (Silicates), contenant du silicate principalement. Ils serviraient à avoir du sabre, du béton et du verre en quantité. Enfin les astéroïdes de type M contiennent principalement du métal, notamment du fer. Le platine, le nickel, le cobalt et l’or sont également présents dans des astéroïdes. Si le minage en lui-même sera extrêmement onéreux surtout au début, c’est aussi sur le transport et le système logistique qu’il y aura une marge immense d’économie. Lorsque nous aurons des vaisseaux cargos au tonnage décuplé, le secteur primaire se trouvera bouleversé. Faut-il alors investir dès maintenant dans certaines start-up qui veulent aller forer la ceinture d’astéroïdes ? 🙂
LA LUNE, COLONIE DES NATIONS-UNIES
Avasarala, gouverneuse des Nations-Unies, sur la colonie lunaire. Elle est incarnée par l’excellente Shohreh Aghdashloo.
S’il me paraît un peu tôt pour envisager une unité politique planétaire pour 2060, je pense que les USA mèneront l’effort colonial sur la Lune au nom des Nations Unies, même s’il est possible que la Chine, si elle redevient belliqueuse après sa défaite dans la guerre qui vient, aie sa propre base. On aurait alors une grande base de l’ordre de quelques milliers de personnes tout au plus, scientifiques, diplomates (la Lune serait un terrain « neutre » idéal pour régler les conflits sur Terre avec un peu de recul) et peut-être biologistes voire linguistes en cas de contact extraterrestre où une intelligence est identifiable. Je pense qu’il faut davantage s’attendre à un contexte de fort pouvoir de l’état, façon The Expanse, qu’à un capitalisme spatial développé et peu régulé, les idées libérales étant peu en vogue dans cette période d’entre-guerres mondiales (Occident vs Chine/Russie dans les années 2020, Occident élargi à la Russie contre Chine puis empire Turc d’Asie Centrale plus tard dans notre siècle). La capitale lunaire ne sera pas encore un New-York, Singapour ou un quelconque eldorado financier, même si les générations suivantes pourraient connaître cela (voir la visual novel World End Economica).
ORBITE PROCHE DE LA TERRE : CHANTIERS NAVALS ET STATIONS A GRAVITE
Avant même le peuplement de la Lune, ce sera la basse et moyenne orbite qui commencera à se peupler, avec ici par contre potentiellement des dizaines de milliers d’habitants. Les stations spatiales, depuis la fin de l’ISS en 2030, sont opérées majoritairement par le secteur privé qui opère une sélection stricte des personnes admises à habiter en orbite. La résidence semi-permanente devient possible avec les progrès de la médecine anti-radiations, de la recherche sur le cancer et du blindage contre les rayons cosmiques. La médecine est totalement pratiquable à bord, ce qui signifie que pour la première fois, des humains naissent en orbite. Dans les années 2030, la station Voyager posait un nouveau standard avec une roue de 500 mètres de diamètre, une capacité de 150 personnes. On verrait ensuite des évolutions incrémentales avec des stations à plusieurs anneaux, dont chacun pourrait dépasser le kilomètre de diamètre et qui pourraient comporter plusieurs ensembles concentriques, permettant des colonies dépassant les 500 personnes à la veille du second conflit Occident-Chine, vingt ans plus tard.
La Chine, avec une politique militariste et volontariste au niveau de l’ingénierie, et motivée par sa densité de population, pourrait lancer une station d’un nouveau type pendant la guerre, tubulaire comme dans les vues d’artistes de science-fiction, avec une population à bord dépassant les 1000 à 2000 personnes, une automatisation très avancée permettant de faire tourner une ville et des parcs de nature artificielle. Cela pourrait aussi constituer pour la première fois une « arche de sauvegarde » de l’humanité dans l’esprit de ses concepteurs, la station embarquant du matériel génétique humain, peu encombrant par rapport à sa population. En pratique cependant, la station n’aurait pas complètement le temps d’être opérée et servira d’inspiration pour l’habitat spatial du XXII° siècle. Elle reste aussi en grande partie dépendante de la Terre, avec un ascenseur spatial toujours pas opérationnel. Les lanceurs réutilisables et avions spatiaux restent la norme.
LA PRODUCTION D’ENERGIE EN ORBITE
La guerre contre la Russie au début du siècle aura fait prendre conscience de la fragilité de l’approvisionnement énergétique, et en réaction à l’imprévoyance et au court-termisme de l’Occident avant-guerre, un effort est fait pour la rénovation de la fission nucléaire, mais aussi pour la recherche sur la fusion et pour profiter des énergies renouvelables… Mais pas n’importe comment. Si le rendement du solaire est très médiocre sur Terre, des immenses panneaux situés dans l’espaces ne seraient plus gênés par le voile de notre atmosphère et pourraient rediriger l’énergie qu’ils produisent vers des points de captation sur Terre. Il serait dangereux de se trouver sur la trajectoire d’un tel flux d’énergie, mais cela serait une très bonne solution de transition en attendant la fusion.
LES NOUVELLES PUISSANCES SPATIALES
Logo de l’ISRO, l’agence spatiale indienne. Futur grand rival de la NASA ? Quid du secteur privé en Inde ?
Dans les décennies qui viennent, l’Inde, qui vient de faire atterrir son rover sur la Lune, pourrait devenir bien plus puissante, peut-être deuxième mondial après les USA. L’Indonésie et l’Australie, motivés par le succès de leur voisin chinois et portés par une bonne croissance économique, pourraient emboîter le pas. D’autant plus que la Chine mettrait un moment pour se remettre de sa défaite militaire et de la chute du PCC. Le Brésil, mêlé aux affaires du Centre Spatial Guyanais de moins en moins sous unique influence européenne, et idéalement positionné sur l’Equateur, pourrait aussi voir fleurir des spatioports. En Europe, au fur et à mesure que le vieux continent perdra en influence sur le reste du monde, les spatioports nordiques (population peu dense, orbite polaire) se développeront considérablement. Aux USA, Floride et Texas devraient rester les deux centre majeurs de l’ingénierie spatiale, désormais presque entièrement privatisée. Enfin, en extrême-Orient, partie du monde la plus qualifiée et avancée technologiquement, on planche sur les stations du futur, bien plus grandes, et surtout sur le rêve d’un ascenseur spatial. Sous la main de fer de la Chine, qui annexera une bonne partie de l’Asie Pacifique et soumettra même un temps l’Australie, certains concepts seront concrétisés mais n’auront pas le temps d’être pleinement développés à cause de la guerre.
Station anneau à gravité avec hangar, 2001, l’Odyssée de l’Espace
Bref, en 2060, nous serions plus une civilisation encore terrienne que réellement multiplanétaire. Seuls quelques milliers de privilégiés vivront dans l’espace, sur des milliards d’habitants. Mais nous serons peut-être à la veille d’un saut qualitatif dans la production d’énergie et la science des matériaux (essentielle pour l’ascenseur spatial) qui pourrait amener des millions d’hommes à vivre en orbite, sur la Lune et sur Mars au XXII° siècle. Imaginez comme paysage des immenses centrales solaires en orbite, un pôle Sud lunaire qui commence à se hérisser d’antennes radio et de bâtiments semi-enterrés dans la roche lunaire, et des stations spatiales à anneaux opérées par des multinationales high-tech. Sur Mars, il y aura peu ou pas de base permanente, au mieux de petits postes avancés pour mieux comprendre l’environnement. Après Mars, la prochaine cible des gouvernements terrestres pourrait être Europe ou une autre lune jovienne. Clarke et Kubrick avaient un peu vu grand en nous imaginant déjà là-bas en 2001 ! Mais le pessimisme actuel de l’écologisme, qui nous veut cantonnés à l’espace et aux ressources terrestre, sera très vite contredit dans notre siècle.
Alors qu’elle n’a commencé à faire voler des fusées qu’environ dix ans après l’URSS, soit en même temps que la France, la Chine est maintenant la deuxième puissance spatiale en termes de tonnage envoyé dans l’espace, après les USA. La Chine est un pays particulièrement en pointe dans la militarisation de l’espace, qui fera l’objet d’un article dédié. Il est d’ailleurs souvent difficile de distinguer ses programmes civils et militaires, et sa communication sur ses projets à long terme est souvent entourée d’un voile opaque. Il n’en reste pas moins connu que le pays a une ambition lunaire et même martienne et qu’il est le principal challenger des USA, désormais loin devant la Russie si on considère les ambitions technologiques et pas seulement le prestige historique.
La Chine compte deux agences : la CNSA dédiée à l’exploration et aux satellites, et la CMSA, chargée des vols habités et rattachée à l’armée. Cet article ne concerne que les vols habités.
Nouvel an lunaire 2022, l’équipage de la station chinoise explique sa mission à des élèves. La Chine prend très au sérieux la formation scientifique de sa population.
LA NOUVELLE GAMME DE LANCEURS HABITES
La Longue Marche 5, désormais principale fusée de la Chine pour ses vols habités, a effectué son premier vol en 2016. En 2020, elle a servi de vecteur au NGCS (Next Generation Crewed Spacecraft). Avec ses près de 55 mètres de haut et 5 mètres de diamètre, elle peut emmener 25 tonnes en orbite basse et 14 tonnes en orbite géostationnaire dans sa version « B ». Elle dispose de 4 boosters et est tirée depuis l’île méridionale de Hainan, dans la base de Wenchang. Cette dernière sert aussi pour lancer les Longue Marche 7. Cette dernière, de capacité moindre, se destine néanmoins à prendre le relais de la vieillissante CZ-2F pour le lancement des vaisseaux ancienne génération, les Shenzhou, toujours en service.
Longue Marche 5 sortant de son bâtiment de protection à Wenchang.
La capsule NGCS peut emmener de 3 à 7 astronautes en fonction du cargo qu’ils emmènent avec eux. Seuls deux vols d’essai ont eu lieu pour l’instant, espacés de 4 ans (ce qui reste moins que ce qu’on a attendu pour Orion de la NASA !). Elle se destine à remplacer Shenzhou à terme pour la desserte de Tiangong et l’exploration jusqu’à la Lune dans la décennie prochaine. La capsule devrait en tout cas être opérationnelle pour emmener des taïkonautes vers 2025-26. Elle a environ le même gabarit que la Crew Dragon de SpaceX, et le gouvernement compte sur elle (plus un atterrisseur lunaire) pour fouler le sol de notre satellite d’ici la décennie prochaine. Et même 2029, si l’on en croit les déclarations faites en 2019 visant un délai de dix ans.
Vue d’artiste du NGCS chinois.
Le lanceur prévu pour les missions habitées vers la Lune est le plus avancé de la famille Longue Marche, le CZ-10. Dévoilé comme concept en 2020, il devrait mesurer environ 90m de haut et faire son premier vol dans 4 ans. C’est une fusée plutôt mince pour une super-lourde (5 mètres de diamètre), mais flanquée de 2 boosters surpuissants. Elle est capable d’envoyer 27 tonnes en orbite lunaire, et 70 tonnes en orbite terrestre basse. Le Starship sera en théorie capable du double, tout en étant entièrement réutilisable. Le premier étage de la CZ-10 sera réutilisable. Les deux premiers étages fonctionneront au kérosène et à l’oxygène liquide, tandis que le dernier étage brûlera de l’hydrogène liquide. Elle dérive largement de la CZ-5 avec qui elle partage les moteurs et le diamètre standard, mais avec des capacités bien plus grandes.
CZ-10 à la China Space Conference 2020.
On continue avec les gros engins, avec la CZ-9 (Longue Marche 9), qui malgré son nom se veut encore plus ambitieuse, et ne devrait pas voler avant dix ans. Elle constitue la véritable réponse de la Chine au Starship de SpaceX, avec une réutilisabilité complète visée, 150 tonnes en orbite basse, 54 tonnes vers la Lune et même l’ambition d’acheminer 44 tonnes vers Mars ! Les deux premiers étages fonctionneront au méthane comme le Starship, et le dernier à l’hydrogène liquide. Avec 114 mètres et presque 11 mètres de diamètre, c’est un véritable monstre qui devrait participer à l’accélération du spatial.
La NOUVELLE STATION TIANGONG
Le Congrès des USA a interdit à la NASA en 2011 toute coopération avec la Chine, la bannissant de facto de l’ISS. La Chine dispose donc d’une station spatiale souveraine (et est la seule nation dans ce cas pour l’instant). Elle porte le nom de Tiangong (palais céleste) et son premier module, Tianhe, a été mis sur orbite par une CZ-5B en 2021. Elle dispose d’une partie habitable, une section de service (matériel nécessaire à la survie) et d’une section de dockage. A noter également que le nouveau téléscope spatial chinois est prévu pour pouvoir se docker sur Tiangong pour sa maintenance.
Les deux plus grands modules, Wentian et Mengtian, servent de laboratoire. L’un a un sas pressurisé destiné aux sorties spatiales et un bras robotique, l’autre un sas destiné aux capsules de ravitaillement. La station compte 5 bras robotiques en tout ! Elle n’est en revanche conçue que pour accueillir 3 astronautes simultanément. Son volume pressurisé représente environ un tiers de celui de l’ISS.
international lunar research station
Les USA ne sont pas les seuls à avoir l’ambition de s’installer durablement sur notre satellite et de faire participer scientifiquement d’autres nations. La Chine a son propre projet séparé de village lunaire, et la Russie s’est montrée intéressée.
La phase de construction, prévue pour commencer en 2026, devrait prendre une décennie, dont la construction des bâtiments proprement dits en 2031. Avant cela, une reconnaissance du terrain et une mission de retour d’échantillons s’imposent. Côté russe, les missions Luna 25 à 28 marquent la principale contribution étrangère au programme, tandis que les rovers et orbiteurs Chang’e prépareront la reconnaissance du site choisi. Il devrait être dans la région du pôle Sud lunaire en raison de la présence d’eau sous forme de glace et de l’ensoleillement des montagne, fournissant une source d’énergie.
Visuel de la CNSA. L’exploitation des ressources sur place est prévue.
Les missions ILRS proprement dites sont au nombre de 5 et s’étalent de 2031 à 2035. ILRS-1 sera chargée d’installer le centre de commandement et les sources d’énergie. Les lanceurs CZ-9, ainsi que le futur lanceur lourd russe Yenisei devraient être utilisés.
CONCLUSION
Le programme spatial chinois est de plus en plus sur les talon des Etats-Unis. Mais il y a un certain manque d’information au sujet des projets à long terme du pays, même dans le spatial civil, car comme pour l’URSS en son temps, l’armée n’est jamais très loin des bureaux d’études et des instances qui supervisent les missions. Je pense qu’un des défis que l’état chinois devra relever, si tant est qu’il garde sa forme de bureaucratie autoritaire, sera de laisser une marge de manœuvre aux initiatives privées, car on voit comment elles ont fait chuter le prix de l’accès à l’espace depuis les débuts de SpaceX. Et ce n’est que le début ! Pour le reste, la Chine sert de seconde locomotive au spatial mondial avec la NASA, faisant profiter la Russie de certaines de ses technologies, alors que si l’on remonte à l’époque de Mao, les rôles étaient inversés.
La France n’est peut-être pas championne du monde cette année, mais lors du Congrès International d’Astronautique (IAC) qui s’est tenu à Paris du 18 au 22 septembre, Arianegroup a présenté un nouveau projet : SUSIE. En espérant que la situation industrielle de nos contrées et le soutien politique soit là pour le réaliser.
La vidéo officielle de présentation.
SUSIE est l’acronyme pour Smart Upper Stage for Innovative Exploration. Il s’agit d’un étage supérieur habité destiné à Ariane 6, mais pas que ! Le vaisseau est annoncé pour être conçu avec en tête le futur lanceur réutilisable Ariane Next qui ne verra pas le jour avant la prochaine décennie. Ce vaisseau, haut de 12 mètres et d’un diamètre maximal de 5 mètres, n’est pas un petit gabarit. Plus petit qu’une navette, bien sûr, mais plus massif qu’un Soyouz ou même un Crew Dragon, qui fait 8m de haut environ. SUSIE atteint 25 tonnes au décollage et nécessitera la version 4 booster d’Ariane 6 (Ariane 64) pour emmener jusqu’à 5 astronautes.
La soute de SUSIE, qui évoque une navette spatiale miniature.
L’ESA a bientôt 50 ans et elle semble enfin avoir surmonté le trauma de l’échec d’Hermès, la navette qui aurait du coiffer Ariane, sans le succès de cette dernière. Et si la guerre contre la Russie avait favorisé la prise de conscience de notre dépendance à Soyouz ? En attendant d’avoir une date pour un premier essai de ce vaisseau, le premier vol d’Ariane 6 est pour l’an prochain à Kourou…
Aperçu d’Ariane 6 en mode vol habité. On note la passerelle classe façon SpaceX !
Le nouveau cosmodrome de Vostochny, pris dans les neiges.
Note : la guerre ayant éclaté il y a 5 mois en Ukraine, et menaçant non seulement l’Europe, mais aussi la coopération spatiale liée à la Russie, cet article doit être pris pour ce qu’il est : une simple spéculation sur l’avenir. Le conflit peut ralentir ou arrêter des coopérations scientifiques, mais aussi accélérer certaines percées technologiques.
Après les USA, place dans cet article au numéro 2 du vol habité, qui avait il y a quelques années encore le monopole de l’accès à la Station Internationale : la Russie. Le pays disposait d’une avance considérable dans ses moyens de lancement grâce à tous ses engins issus de l’époque soviétique. Mais si la fusée et le vaisseau Soyouz volent depuis les années 60 avec une fiabilité impressionnante, tout ce matériel vieillit et devient obsolète. Il est donc temps maintenant de faire le point sur ce que la patrie de Gagarine prévoit pour assurer le futur proche.
Le vaisseau Oriol, la Russie vise enfin l’espace profond
Le nouveau vaisseau est beaucoup plus spacieux que Soyouz.
Cette capsule est développée par RKK Energia, entreprise sous contrat de l’agence nationale Roskosmos, qui a réalisé les principaux vaisseaux de l’astronautique russe. Dans les années 2000, après l’abandon d’un projet de petite navette nommée Kliper, Roskosmos et l’ESA (agence européenne) commencent à concevoir une capsule destinée à remplacer Soyouz, qui vole depuis 1966. Cette collaboration commence en 2006, et deux ans plus tard le concept du vaisseau est présenté au public. Mais la même année, suite à un conseil de ministres européens, cette coopération est repoussée officiellement à plus tard. En réalité, l’ESA a été autorisée à coopérer avec la NASA pour réaliser le module de service d’Orion, qui était au départ un projet purement américain.
Les responsables de Roskosmos présentant des maquettes du nouveau vaisseau à Vladimir Poutine en 2015.
En 2009, les spécifications du vaisseaux sont fixées. Il aura une forme conique et une habitabilité bien supérieure au Soyouz. RKK Energia, basée dans la ville de Korolev (portant le nom du père du programme spatial russe) et Khrunichev, basée à Moscou. Le vaisseau prend le nom de Federatsia en 2016, puis Oriol (« aigle ») en 2019, reprenant cette fois un symbole renvoyant aux tsars et à un célèbre navire russe.
Test pour l’évacuation en mer du vaisseau Oriol, 2020.
Son lanceur devait être, jusqu’en 2017, la fusée Angara A5, une fusée lourde destinée à décoller du nouveau cosmodrome de Vostotchny, dans l’Orient russe. Mais c’est finalement Soyouz 5 qui est retenue. Le premier vol sans équipage est prévu pour l’an prochain, tandis qu’il devrait s’attaquer à l’orbite lunaire en 2025, avec comme objectif un alunissage habité en 2029. Tout en étant plus léger qu’Orion, son équivalent américain, il a un volume pressurisé supérieur (18 mètres cubes contre 9) et pourra emporter jusqu’à 6 astronautes. Il dispose de 500 kg de cargo vers l’orbite basse, et 100 kg vers la Lune.
Vue d’artiste de Soyouz 5
Soyouz 5, le nouveau lanceur phare des vols habités : elle est conçue dans l’usine spatiale historique de Samara, une ville sur la Volga, à l’Ouest de l’Oural. Sa conception a commencé en 2015, et son premier vol devrait avoir lieu cette année. Elle dérive en partie de la fusée Zenit, mise au point dans l’URSS tardive. Cette fusée doit toujours décoller de Baïkonour au Kazakhstan, sur les pas de tirs modernisés de Zenit. On sait depuis 2017 que Soyouz 5 devrait servir de base à un lanceur super-lourd, doté de 5 boosters et emportant plus de 100 tonnes de charge utile.
DES LANCEURS GÉANTS QUI RESTENT A RÉALISER
Les fusées Energia 3K, 6K et 6KV.
Les lanceurs super-lourds Energia : c’est depuis 2017 qu’on en sait plus sur les prochains lanceurs super-lourds russes. Le site Russian Space Web nous apprend que la première variante, l’Energia-3K, dotée d’un corps central et deux boosters légèrement décentrés, devrait faire son premier vol en 2027. Capable d’emporter 50 tonnes en orbite basse, elle serait probablement insuffisante pour des missions lunaires sachant que la capsule Federatsiya pèse 20 tonnes à elle seule. Elle serait plutôt l’équivalent du Falcon Heavy de SpaceX, avec une charge utile inférieure (50 t contre 64) mais une conception permettant nativement les vols habités, en se limitant au voisinage terrestre donc sûrement aux stations spatiales ainsi qu’à de probables missions militaires (comme le FH de SpaceX). Le modèle supérieur, la 6K, prévu d’ici la fin de la décennie, comporte 3 boosters supplémentaire, qui lui confèrent 38 t de capacité supplémentaire. Le but serait ici comparable à la mission Artemis 2 : faire un vol habité en orbite lunaire, sans que la capacité permette toutefois de se poser sur notre satellite. Enfin, une version plus haute, la 6KV, embarquant davantage d’hydrogène, donnerait à la Russie une fusée dépassant les 100 tonnes de charge utile pour faire se poser des cosmonautes sur la Lune à l’horizon 2033. Je n’ai pas connaissance d’une présentation de ce que la Russie compte utiliser comme atterrisseur lunaire, ni d’un plan de mission fixé comme celui d’Artemis.
Le spatial privé russe
Les entreprises privées du New Space, sur le modèle startup ce ce qui se fait aux USA, semble peu développées en Russie. Il existe des entreprises privées (y compris certaines ayant vu le jour sous l’Union Soviétique) mais dans le vol habité, elles travaillent en imbrication presque totale avec l’Etat et Roskosmos. Il y a tout de même GK Launch Services qui opère des pas de tir de Soyouz-2, et S7 Space qui opère des fusées Zenit. Le domaine de la conception de satellites et de leur lancement est plus développé. La Russie développe par exemple une constellation de satellites internet à l’instar de StarLink et OneWeb : Sfera, qui impliquera l’Etat russe via son agence spatiale, Gazprom et la compagnie de médias et télécoms Kosmicheskaya Svyaz. Premier lancement prévu l’an prochain.
ROSS, l’APRES-ISS VU PAR LA RUSSIE
La Russie a annoncé qu’elle se retirera de la Station Internationale dans deux ans. La guerre en Europe de l’Est a du précipiter son départ, et le pays a des projets pour la suite : la Russian Orbital Space Station. Il est aussi probable que la Russie coopère avec la Chine en la matière également. L’URSS fut la première nation à opérer une station véritablement fonctionnelle avec les Saliout, puis avec Mir. C’est l’an dernier que la Russie a annoncé à la presse sa volonté de construire sa propre station pour 2025.
Après un projet imaginé en 2009 de station reprenant le segment russe de l’ISS, la Russie s’est orientée vers une station entièrement neuve il y a quelques années à la place, qui sera la clé de son programme spatial si, vraisemblablement, elle n’a pas les moyens de se lancer seule comme la Chine à l’assaut de la Lune. La mise en service est prévue pour 2026. Elle volera sur une orbite héliosynchrone à 400 km d’altitude, ce qui devrait lui donner une vue imprenable sur l’Arctique. Le module NEM-1, prévu pour rejoindre en 2024 l’ISS mais retardé pour être adapté à ROSS, montre les intentions de Roskosmos à court terme. ROSS accueillera jusqu’à 7 module et serait complète en 2035.
LE PROJET MOON VILLAGE, RETOURNEMENT GEOPOLITIQUE EN VUE
Il existe un projet de base permanente sur la Lune chez plusieurs agences spatiales du monde. Jusqu’à récemment ce projet était surtout porté et médiatisé par les agences russe et européenne (ESA) depuis 2015, mais depuis l’an dernier la Russie s’est rapprochée de la Chine pour collaborer sur son projet de station lunaire internationale. Un mémorandum a été signé pour la construction d’une telle base en 2035, dont le but serait non seulement scientifique mais aussi économique : la construction d’une filière pour l’hélium 3, un isotope utile pour réaliser de la fusion nucléaire. Je reviendrai donc plus en détail sur ce projet, surtout chinois, dans la prochaine partie de ce tour des programmes spatiaux nationaux.
CONCLUSION
La guerre commencée il y a 5 mois risque de transformer en profondeur les plans prévus pour le spatial russe. Si dans la status quo d’il y a encore 5 ans, avant la percée de SpaceX tous azimuts, la Russie était encore la première puissance spatiale mondiale, ça ne semble plus le cas aujourd’hui. Les USA ont retrouvé leur souveraineté via leur secteur privé et la Chine bat tous les records de cadence de lancement. Peut-être que dans le monde qui se redivise en blocs, la Russie, tout en gardant une expertise en fusées et stations spatiales, se mettra à la remorque de la Chine pour des programmes extrêmement coûteux tels que l’exploration du système solaire et surtout l’exploration et l’exploitation lunaire. Le nouveau spatioport de Vostochny, dans l’Extrême-Orient, semble d’ailleurs montrer que la Russie regarde désormais vers la Chine. Il est bien trop tôt pour imaginer l’après-guerre, mais on peut facilement imaginer que la militarisation de l’orbite terrestre et les lancements militaires auront la priorité absolue, surtout dans une économie de guerre, très dépendante de la Chine tout en étant moins riche.
Train d’acheminement de lanceurs, Vostochny.
SOURCES
Russian Space Web, un site très détaillé sur tout matériel slave ayant atteint l’orbite !